Dépôt de Bilan pendant Arrêt Maladie : Que Devient votre Salaire ?

Gaston Cohen 6 min de lecture 26 juin 2026
Dépôt de Bilan pendant Arrêt Maladie : Que Devient votre Salaire ?

Votre entreprise dépose le bilan et vous êtes en arrêt maladie ? Pas de panique, c’est une situation stressante mais prévue par la loi.

Ce guide vous explique qui va vous payer et quelles démarches faire pour protéger vos droits.

Peut-on être licencié en arrêt maladie lors d’un dépôt de bilan ? La réponse claire.

Oui, vous pouvez être licencié pendant votre arrêt maladie si votre entreprise est en liquidation judiciaire. C’est souvent un choc, mais il faut comprendre pourquoi c’est légal.

Le motif du licenciement n’est pas votre maladie, mais économique. L’entreprise cesse son activité, et tous les contrats de travail, y compris le vôtre, sont rompus. Votre arrêt maladie suspend votre contrat, mais il ne le protège pas d’un licenciement pour motif économique lié à la fermeture définitive.

La loi, notamment via l’article L1233-3 du Code du travail, est claire : la cessation totale d’activité de l’entreprise est une cause de licenciement économique. La Cour de cassation a confirmé à plusieurs reprises que cette règle s’applique aussi aux salariés en arrêt maladie.

À retenir : Votre licenciement n’est pas lié à votre personne ou à votre état de santé. C’est une conséquence directe de la fermeture de l’entreprise, qui touche tous les salariés de la même manière.

La procédure de licenciement : qui devient votre interlocuteur ?

Dès que le jugement de liquidation judiciaire est prononcé, votre employeur n’est plus votre contact. Un nouvel acteur entre en jeu : le liquidateur judiciaire (ou mandataire judiciaire). Il est désigné par le tribunal pour gérer la fin de l’entreprise.

C’est désormais votre unique interlocuteur pour toutes les questions liées à votre contrat de travail. Ses missions sont précises :

  • Il vous notifie officiellement la rupture de votre contrat de travail.
  • Il calcule toutes les sommes que l’entreprise vous doit (salaires, indemnités, etc.).
  • Il monte le dossier pour que vos créances salariales soient payées.

La notification de votre licenciement se fait par courrier recommandé avec accusé de réception. En général, cette lettre est envoyée dans les 15 jours qui suivent la décision de liquidation. Elle précise le motif (la liquidation judiciaire) et la date de fin de votre contrat.

Que faire si vous ne recevez rien ? Si plusieurs semaines passent sans nouvelles, vous devez contacter directement le liquidateur judiciaire. Ses coordonnées sont publiques et souvent disponibles au greffe du tribunal de commerce.

Vos indemnités (licenciement, préavis, congés) : qui paie et quand ?

C’est la question principale : si l’entreprise n’a plus d’argent, qui va payer votre salaire et vos indemnités ? La réponse est rassurante : vos droits sont garantis par un organisme spécial : l’AGS (Association pour la gestion du régime de Garantie des créances des Salariés).

L’AGS intervient lorsque l’entreprise est en situation de dépôt de bilan et ne peut plus payer son personnel. Elle couvre toutes les créances salariales dues à la date de la rupture de votre contrat.

Voici ce que l’AGS va vous verser :

  • Les salaires impayés avant la liquidation.
  • L’indemnité légale de licenciement, calculée selon votre ancienneté.
  • L’indemnité compensatrice de préavis, même si vous ne l’effectuez pas à cause de votre arrêt.
  • L’indemnité compensatrice de congés payés pour les jours que vous n’avez pas pris.

La procédure est gérée par le liquidateur. Une fois qu’il a calculé ce qui vous est dû, il transmet le relevé de vos créances à l’AGS. Le paiement intervient ensuite. Le délai moyen est de 4 à 6 semaines après la validation du dossier par le liquidateur.

Et vos indemnités journalières de la Sécurité Sociale ?

Attention à ne pas tout mélanger. Les sommes versées par l’AGS concernent votre contrat de travail. Vos indemnités maladie, elles, relèvent d’un autre organisme : l’Assurance Maladie (CPAM).

La bonne nouvelle est que votre licenciement ne met pas fin au versement de vos indemnités journalières (IJ). Tant que votre médecin juge que votre arrêt maladie est justifié, la Sécurité Sociale continuera de vous les payer.

Le droit aux IJ ne dépend pas de l’existence de votre contrat de travail, mais des conditions de cotisations que vous remplissiez avant votre arrêt. Si vos droits sont ouverts, ils le restent même après la rupture du contrat.

Pour que tout se passe bien, vous avez deux choses importantes à faire :

  • Prévenir votre CPAM de la rupture de votre contrat. Envoyez-leur une copie de votre lettre de licenciement dès que vous la recevez.
  • Continuer à envoyer vos arrêts de travail à la Sécurité Sociale et à votre employeur (même s’il est représenté par le liquidateur) comme d’habitude.

Le cas particulier de la maladie professionnelle

Si votre arrêt est lié à une maladie reconnue comme professionnelle (c’est-à-dire causée par votre travail), vos droits sont encore plus solides. Les indemnités spécifiques dues dans ce cas (comme l’indemnité spéciale de licenciement si elle s’applique) sont considérées comme des créances salariales prioritaires.

Cela signifie qu’elles sont non seulement garanties par l’AGS, mais aussi traitées en priorité. Il est important de bien le préciser au liquidateur si c’est votre situation.

Votre checklist : les actions à mener

Pour résumer, voici les étapes à suivre dans votre situation :

  • 1. Attendre (ou provoquer) le contact : Attendez la lettre recommandée du liquidateur. Si rien ne vient sous 3 semaines après l’annonce de la liquidation, contactez-le.
  • 2. Analyser la lettre de licenciement : Vérifiez la date de rupture et les droits qui y sont mentionnés. Conservez ce document précieusement.
  • 3. Informer la CPAM : Envoyez une copie de la lettre de licenciement à votre caisse d’Assurance Maladie pour garantir la continuité du versement de vos indemnités journalières.
  • 4. Poursuivre les démarches médicales : Continuez à envoyer vos avis d’arrêt de travail à la CPAM et au liquidateur.
  • 5. S’inscrire à Pôle emploi : Dès la fin de votre arrêt maladie, inscrivez-vous comme demandeur d’emploi pour faire valoir vos droits au chômage, qui prendront le relais de vos indemnités journalières.

Même si cette période de dépôt de bilan est difficile, votre statut de salarié en arrêt maladie ne vous laisse pas sans protection. Vos droits financiers liés à la rupture sont protégés par l’AGS, et vos droits liés à la maladie sont maintenus par la Sécurité Sociale. L’important est de bien communiquer avec les bons interlocuteurs.