À 95 ans, Lee Man-hee en prison : l’ONU interpellée sur son sort

Gaston Cohen 4 min de lecture 8 octobre 2026
À 95 ans, Lee Man-hee en prison : l’ONU interpellée sur son sort

Le 18 septembre 2026, l’organisation CAP Liberté de Conscience a prononcé une déclaration orale devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Réunie pour sa 63e session, l’instance tenait son débat général au titre du point 3, consacré à la promotion et à la protection de tous les droits humains. L’ONG y a attiré l’attention sur la situation de Lee Man-hee, maintenu en détention provisoire en République de Corée.

Les faits présentés devant le Conseil

Âgé de 95 ans, Lee Man-hee est le fondateur et dirigeant de Shincheonji Église de Jésus. Ancien combattant de la guerre de Corée, il est, selon la déclaration, placé au centre de détention de Séoul pour des chefs d’accusation qualifiés de non violents. L’organisation souligne qu’il dispose d’une résidence fixe et qu’aucun risque de fuite n’a été établi, deux éléments habituellement pris en compte pour évaluer la nécessité d’une détention avant jugement.

CAP Liberté de Conscience fait part de son inquiétude quant aux conditions de cette détention. D’après son intervention, l’intéressé a été maintenu dans des cellules dépourvues de climatisation pendant une vague de chaleur particulièrement forte à Séoul, ce qui soulève des interrogations sur l’état de santé d’une personne de cet âge. Le détail de la prise de parole est consultable dans la prise de parole à l’ONU et dans l’Article original CAP LC.

Les textes internationaux invoqués

Pour étayer sa demande, l’organisation s’appuie sur plusieurs instruments internationaux auxquels la République de Corée est partie. L’article 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) prévoit qu’une détention doit être nécessaire et proportionnée. L’article 10 du même texte garantit à toute personne privée de liberté un traitement humain et le respect de sa dignité.

La déclaration cite également les Règles Nelson Mandela, qui reconnaissent aux personnes détenues un droit à des soins de santé équivalents à ceux de la population générale, ainsi que les Règles de Tokyo, selon lesquelles la détention provisoire doit rester une mesure de dernier recours. Enfin, l’article 18 du PIDCP, relatif à la liberté de religion ou de conviction, est mentionné comme un droit que l’ONG estime ne pas être respecté dans ce dossier.

Les demandes adressées à la République de Corée

Au nom de ces engagements, CAP Liberté de Conscience appelle le Conseil des droits de l’homme à inviter la République de Corée à respecter ses obligations conventionnelles. L’organisation formule trois demandes concrètes : envisager des alternatives à la détention, autoriser une évaluation médicale indépendante et garantir un procès équitable et impartial.

L’ONG qualifie par ailleurs la procédure d’enquête qu’elle estime discriminatoire et motivée par des considérations politiques à l’encontre d’une minorité religieuse. Il s’agit là de l’appréciation portée par l’organisation, qui n’engage qu’elle et que les autorités coréennes n’ont pas, à ce stade, commentée publiquement dans ce cadre.

Un dossier observé sous l’angle des droits humains

Au-delà du cas particulier, l’intervention s’inscrit dans le travail des ONG qui saisissent le Conseil des droits de l’homme pour signaler des situations individuelles. Ces déclarations orales n’ont pas de portée contraignante, mais elles permettent de porter un dossier à la connaissance des États membres et des rapporteurs concernés. La question centrale soulevée ici reste celle de l’équilibre entre le déroulement d’une procédure judiciaire nationale et le respect des garanties reconnues à toute personne détenue, en particulier lorsqu’elle est âgée et vulnérable.

Pour l’heure, le dossier suit son cours devant la justice coréenne, et il appartiendra aux tribunaux de se prononcer sur le fond. La démarche de CAP Liberté de Conscience vise avant tout à ce que les conditions de la détention provisoire et l’accès aux soins fassent l’objet d’une vigilance particulière. Les suites éventuelles, notamment une réponse des autorités ou une prise de position d’autres organisations, permettront de mesurer l’écho rencontré par cette intervention sur la scène internationale des droits humains.