Non-renouvellement du Bail par le Propriétaire : les Motifs Légaux

Gaston Cohen 11 min de lecture 22 avril 2026
Non-renouvellement du Bail par le Propriétaire : les Motifs Légaux

Votre propriétaire vous informe qu’il ne renouvelle pas votre bail ? Vous êtes propriétaire et souhaitez récupérer votre logement ?

La loi encadre cette procédure. Voici les 3 motifs légaux pour un non-renouvellement de bail et la marche à suivre.

Tableau récapitulatif des motifs de non-renouvellement de bail

Avant d’entrer dans les détails, voici l’essentiel à savoir. Un propriétaire ne peut mettre fin à un bail que pour trois raisons. Chaque cas a ses propres règles et délais.

Motif Légal Description simple Délai de Préavis Point Clé / Droit du Locataire
Congé pour vente Le propriétaire souhaite vendre le logement libre de tout occupant. 6 mois avant la fin du bail (logement vide)
3 mois (logement meublé)
Le locataire a un droit de préemption pour acheter le logement en priorité.
Congé pour reprise Le propriétaire (ou un proche) veut habiter le logement. 6 mois avant la fin du bail (logement vide)
3 mois (logement meublé)
Le motif doit être réel et sérieux. Le locataire peut vérifier si le logement est bien occupé après son départ.
Motif légitime et sérieux Le locataire n’a pas respecté ses obligations (loyers impayés, etc.). 6 mois avant la fin du bail (logement vide)
3 mois (logement meublé)
Le propriétaire doit fournir des preuves solides des fautes reprochées au locataire.

Analyse détaillée des 3 motifs légaux autorisés

Chaque motif de non-renouvellement de bail répond à des règles précises. Le propriétaire doit justifier sa décision dans la lettre de congé envoyée au locataire. S’il ne le fait pas, le congé n’est pas valable.

1. Le congé pour vente du logement

Le cas le plus courant est celui où le propriétaire souhaite vendre son bien. Pour cela, il doit le vendre « libre », c’est-à-dire sans locataire en place. La loi protège le locataire en lui donnant une priorité pour acheter le bien qu’il occupe.

C’est ce qu’on appelle le droit de préemption. La lettre de congé doit obligatoirement contenir l’offre de vente. Elle doit préciser le prix et les conditions de la vente. Le locataire dispose alors d’un délai pour donner sa réponse.

  • Le locataire a deux mois pour accepter l’offre, à partir de la réception du congé.
  • S’il accepte, il a ensuite deux mois (ou quatre s’il demande un prêt) pour signer l’acte de vente définitif.

Attention : Si le propriétaire trouve un acheteur à un prix plus bas que celui proposé au locataire, il doit notifier cette nouvelle offre au locataire. Celui-ci a de nouveau un mois pour exercer son droit de préemption à ces nouvelles conditions.

Ce droit de préemption est encadré par l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989. Il existe des exceptions. Par exemple, le droit de préemption ne s’applique pas si le propriétaire vend le logement à un parent jusqu’au 3ème degré inclus (enfant, parent, oncle, nièce…). Dans ce cas, l’acheteur (le parent) doit occuper le logement pendant au moins deux ans.

2. Le congé pour reprise du logement

Le propriétaire peut aussi vouloir mettre fin au bail pour habiter lui-même le logement, ou pour y loger un proche. On parle alors de congé pour reprise. Le logement doit devenir la résidence principale du bénéficiaire, pas une résidence secondaire ou un pied-à-terre.

La loi définit une liste précise des bénéficiaires autorisés pour la reprise :

  • Le propriétaire lui-même
  • Son époux(se) ou partenaire de Pacs
  • Son concubin notoire (depuis au moins un an à la date du congé)
  • Ses ascendants (parents, grands-parents)
  • Ses descendants (enfants, petits-enfants)
  • Les ascendants ou descendants de son époux(se), partenaire de Pacs ou concubin

Le congé doit mentionner le nom et l’adresse du bénéficiaire de la reprise, ainsi que le lien de parenté. Le caractère réel et sérieux de la reprise est essentiel. Si le locataire prouve que le logement est vide ou utilisé pour autre chose après son départ, il peut obtenir des dommages et intérêts pour congé frauduleux.

3. Le congé pour motif légitime et sérieux

Ce troisième cas concerne principalement les fautes du locataire. Contrairement aux deux autres motifs, la loi ne donne pas de liste fixe. Ce sont les juges qui apprécient au cas par cas si le motif est « légitime et sérieux ».

Pour être valable, le motif doit reposer sur des preuves solides. Le propriétaire ne peut pas juste invoquer une mauvaise entente. Voici les exemples les plus fréquents :

  • Retards de paiement du loyer répétés et systématiques.
  • Troubles de voisinage avérés (bruit, dégradations des parties communes) et prouvés par des témoignages, des mains courantes ou des constats d’huissier.
  • Sous-location non autorisée du logement.
  • Défaut d’assurance habitation, malgré une mise en demeure.
  • Mauvais entretien du logement entraînant des dégradations importantes.

D’autres raisons, non liées à une faute du locataire, peuvent parfois être admises. Par exemple, la nécessité de réaliser de très gros travaux de rénovation qui rendent le logement inhabitable. Dans tous les cas, le propriétaire doit apporter la preuve de ce qu’il avance.

La procédure de congé : comment informer le locataire ?

Pour que le non-renouvellement du bail soit valable, le propriétaire doit respecter une procédure stricte. Une simple erreur de forme ou de délai peut annuler le congé et entraîner la reconduction tacite du bail pour trois ans.

Le formalisme de la lettre de congé

Le congé doit être notifié par écrit. La lettre doit impérativement préciser le motif exact du non-renouvellement. Si c’est pour une vente, le prix et les conditions doivent y figurer. Si c’est pour une reprise, le nom et l’adresse du bénéficiaire sont obligatoires.

Exemple de contenu pour un congé pour reprise :
« Je vous donne congé pour le [date de fin de bail] afin de reprendre le logement pour y établir ma résidence principale. Je suis [lien de parenté avec le bailleur, si le bénéficiaire n’est pas le bailleur lui-même]. »

La lettre doit aussi reproduire certains extraits de loi, notamment sur les droits du locataire. Il est fortement conseillé d’utiliser un modèle à jour pour ne rien oublier.

Les modes de notification valides

La loi n’autorise que trois manières de transmettre le congé au locataire. Un simple e-mail ou un appel téléphonique n’a aucune valeur légale. Les options sont :

  • La lettre recommandée avec accusé de réception : C’est la méthode la plus courante, mais aussi la plus risquée. Si le locataire ne va pas la chercher à La Poste, le congé n’est pas considéré comme reçu.
  • L’acte de commissaire de justice (anciennement huissier) : C’est la solution la plus sûre. Même si le locataire est absent, l’acte est déposé et le congé est juridiquement valable.
  • La remise en main propre contre récépissé ou émargement : Le locataire doit signer un document qui prouve qu’il a bien reçu la lettre à une date certaine.

Le calcul du délai de préavis

Le délai de préavis est le temps minimum entre la réception du congé par le locataire et la date de fin du bail. Il est de 6 mois pour un logement vide et de 3 mois pour un meublé.

Attention, ce n’est pas la date d’envoi qui compte, mais la date de réception effective par le locataire. C’est pourquoi il faut anticiper. Si une lettre recommandée est reçue moins de 6 mois avant la fin du bail, le congé est nul. Le bail est alors reconduit automatiquement.

Exemple concret :
Pour un bail qui se termine le 31 juillet, le locataire doit avoir reçu la lettre de congé au plus tard le 31 janvier. Il est donc prudent de l’envoyer par lettre recommandée accusé de réception vers le 15 janvier, ou de mandater un commissaire de justice début janvier pour plus de sécurité.

Cas particuliers : la protection de certains locataires

La loi protège certains locataires jugés plus vulnérables. Un propriétaire ne peut pas leur donner congé aussi facilement, même si le motif est valable. On les appelle les « locataires protégés ».

Les conditions pour être un locataire protégé sont cumulatives :

  • L’âge : Le locataire doit avoir plus de 65 ans à la date d’échéance du bail.
  • Les ressources : Ses revenus annuels doivent être inférieurs à certains plafonds, qui varient selon la région. Ces plafonds sont les mêmes que pour l’attribution des logements sociaux (PLI).

Cette protection s’applique aussi au locataire qui a à sa charge une personne de plus de 65 ans vivant sous son toit, si le total des revenus du foyer est inférieur aux mêmes plafonds.

L’obligation de relogement

Si le locataire remplit ces conditions, le propriétaire ne peut lui donner congé qu’en lui proposant une solution de relogement. Ce logement doit correspondre à ses besoins (surface, accessibilité) et à ses moyens (loyer comparable), et être situé à proximité.

Cette obligation est très contraignante. Sans offre de relogement valable, le congé est nul et le bail est reconduit.

Les exceptions à la protection

Il existe deux cas où le propriétaire n’a pas à reloger un locataire protégé :

  1. Si le propriétaire a lui-même plus de 65 ans à la date d’échéance du bail.
  2. Si le propriétaire a des ressources inférieures aux mêmes plafonds de revenus que ceux du locataire.

Dans ces situations, le propriétaire peut donner congé normalement, sans avoir à proposer de relogement. Ces conditions sont aussi cumulatives pour le propriétaire.

Recours du locataire : que faire en cas de congé abusif ?

Un locataire qui pense que le congé donné par son propriétaire n’est pas valable ou est frauduleux dispose de plusieurs recours. Il ne doit surtout pas quitter le logement sans avoir vérifié ses droits.

La première étape est de vérifier la validité du motif. Par exemple, si le congé est pour une vente, le locataire peut vérifier après son départ si le logement a bien été mis en vente au prix annoncé. S’il est pour une reprise, il peut s’assurer que le bénéficiaire habite bien les lieux.

La procédure de contestation

Si le locataire a un doute, il doit d’abord contester le congé par lettre recommandée avec accusé de réception au propriétaire. Il y explique pourquoi il estime le congé non valable (délai non respecté, motif flou, suspicion de fraude).

Si cela ne suffit pas, il peut saisir :

  • La commission départementale de conciliation : une démarche gratuite pour trouver un accord amiable.
  • Le juge des contentieux de la protection : si aucune conciliation n’est possible, c’est le tribunal qui tranchera.

En cas de congé frauduleux avéré (par exemple, un congé pour reprise suivi d’une relocation à un loyer plus élevé), le propriétaire risque une amende pénale pouvant aller jusqu’à 6 000 € pour une personne physique, en plus des dommages et intérêts pour le locataire.

FAQ – Questions fréquentes

Un propriétaire peut-il refuser de renouveler un bail sans donner de motif ?

Non, c’est totalement illégal. Le non-renouvellement du bail par le propriétaire doit obligatoirement être justifié par l’un des trois motifs prévus par la loi : la vente, la reprise pour y habiter, ou un motif légitime et sérieux. Un congé sans motif est nul.

Quel est le préavis pour un logement meublé ?

Pour un logement loué meublé, le délai de préavis que le propriétaire doit respecter est de 3 mois avant la date de fin du bail. Le locataire doit donc recevoir la lettre de congé au minimum 3 mois avant l’échéance.

Que se passe-t-il si je reçois la lettre de congé en retard ?

Si la lettre de congé (recommandée ou remise par huissier) vous parvient hors délai, même d’un seul jour, le congé n’est pas valable. Dans ce cas, le bail est automatiquement reconduit pour une nouvelle période (3 ans pour un vide, 1 an pour un meublé).

Mon propriétaire peut-il me demander de partir pour loger son cousin ?

Non. La liste des proches autorisés pour un congé pour reprise est stricte. Elle inclut les parents, grands-parents, enfants, et ceux du conjoint, mais pas les frères, sœurs, oncles, tantes ou cousins. Un congé pour loger un cousin ne serait pas un motif valable.